Récit

Je suis retournée à l’école 2

Le jour où j’ai failli tout abandonné parce que courir, c’est pas mon truc !

Le 2 février dernier, je vous entretenais sur mon retour à l’école. À ce moment, je ne venais que mettre le premier pied dans le laboratoire de cuisine pour apprendre à confectionner des tartes. Et si j’adore cuisiner des pâtisseries, mon corps qui date de l’autre siècle semble avoir de la difficulté à suivre le mouvement.

C’est la folie en cuisine. On pèse, on façonne, on cuit, on court à vitesse hypersonique ! Moi, qui était habituée à un rythme de vie plus « Slow food, slow life »… me voilà hors de mon mode de vie. Et je ne parle pas de la pédagogie. Non ! Je n’en parle pas si ce n’est pour dire que la pédagogie par compétence diffère grandement du mode socioconstructiviste que je connaissais et de la vision écosociale de l’apprenant qui a fait les beaux jours de mes études de maîtrise !?!?

Enfin ! Si j’oublie tout cela et que j’essaie d’arrêter le chercher le fondement derrière la recette de pâte, je m’en sors tout de même bien lorsque mon corps suit la cadence. Mais au début du mois, après une grippe, un manque de sommeil flagrant, d’une journée horrible à faire des biscuits de formes bizarres, de sentiment d’incompétence, de « Vais-je vraiment passer une partie de ma vie à courir dans une pâtisserie à faire des biscuits identiques qui relèvent plus de l’industrialisation que de l’artisanal ? » et d’un cauchemar où un bonhomme de pâte me poursuivait, il me fallait réfléchir.

Aussi, j’ai pris une journée pour raison personnelle afin de pouvoir réfléchir. J’en ai aussi discuté, fait des listes et revu le pourquoi je m’étais inscrite. Je voulais faire des gâteaux T R AN Q U I L L E M E N T-A R T I S T I Q U E M E N T une à un, à la pièce, des pièces remplies d’histoires. Ou pourquoi ne pas rédiger un roman sur cet univers, élaborer la théorie du gâteau, des pâtes feuilletées, des chocolatines, de la confiserie et de la crème glacée ☺.

Devant tout ça, je me dis que je dois rester. Il me reste encore une multitude de choses à apprendre, de connaissances à recevoir ne serait-ce que pour servir la créativité qui mènera vers une belle histoire. Mais aussi, quelque part, fabriquer de belles pâtisseries, par après, lorsque le temps ne sera plus une condition, qu’il sera plutôt un allié dans l’accomplissement de ce nouveau projet de vie… Celli

Les envolées de Celli

Écrire

Le désir d’écrire

Je m’ennuie d’écrire. Mon retour aux études, plutôt que de me faciliter la tâche, la rend plus difficile. Comment ai-je pu croire – à mon âge — qu’après une journée debout à courir pour réussir mes mets, je me sentirais assez fringante pour en fin de journée, écrire ? Du coup, l’écrivaine la nuit en a pris pour son rhume et au sens littéral du terme ces jours-ci !

Bref ! J’écris très peu et je m’en ennuie, car l’activité de créer tous ces mondes, ces gens, ses histoires fait partie de ma vie comme de respirer. Et que là, dans cette folie sucrée, je n’inhale qu’une fois sur deux.

Ce n’est pas ma créativité qui est en panne, c’est mon corps. En témoigne, mon agenda qui se rempli de post-it avec des idées, des intrigues, des corrections, des personnages sympathiques ou pas et tout plein d’autres choses.

Mais je n’arrive pas à faire un choix. Je veux les deux. Je veux arriver le soir chez moi, zen, et grappiller quelques minutes pour écrire. Continuer les romans graphiques sur lesquels je travaille et commencer à élaborer un projet intéressant qui dort dans mon agenda. Je veux aussi assister à mes cours et apprendre de nouveaux desserts sans me dire que je dois courir séance tenante après les ingrédients de la prochaine recette sans avoir vraiment intégré les aspects importants de la première. Et me dire en arrivant chez moi que les biscuits que j’ai dans les mains sont bien réels, que c’est moi qui les ai faits. Parce que certains jours, je ne suis pas sûre tellement tout a été rapide ! D’ailleurs, en passant, étranges pratiques pédagogiques que la formation professionnelle et ses compétences à acquérir…

Alors que faire ? J’aime écrire et j’aime ce corpus de pâtisserie malgré l’étourdissement de la vitesse. Et néanmoins dans notre monde où le travail est glorifié comme partie intégrante du libéralisme économique et de l’identification du soi au détriment parfois de bien d’autres éléments structurants de l’être, comment puis-je affirmer que je suis à bout de souffle ? Que peut-être suis-je paresseuse, une adepte de la lenteur qui a besoin de ce rythme pour créer, réfléchir, œuvrer ? Ou peut-être suis-je une épicurienne en mal d’expérience gustative devant une production qui nait et part aussi vite que les secondes ? Je ne sais pas, je ne sais plus.

Non, je sais. Je sais le désir, je sais cette force qui nous pousse à tout arrêter pour donner vie à une idée. Ça, je sais. C’est à partir de là que je dois construire…

Celli Relcen