Les envolées de Celli

Je suis à la retraite!

Un jour, tu as tout : un bon emploi, des projets, des collègues devenus amis, des études supérieures qui te permettront d’avancer … Et puis tout s’écroule.

Car plus tu avances, plus tu fais peur et soudainement, ton patron ne t’apprécie plus autant. Alors, insidieusement, il se met à te faire comprendre que tu ne vaux rien. Et c’est tellement répété et mis en scène que tu finis par y croire. Alors, du jour au lendemain, tu passes de bonne employée à bonne à rien!

Lentement, tout se détruit autour de toi, la seule chose que tu peux faire, c’est de passer de ton lit à ton divan. Tu arrives tout de même à porter plainte, mais grand bien te fasse, il y a déjà un petit bout que tu ne vois plus d’avenir pour toi. De toute façon, tu es trop épuisée pour le voir. Il n’y a que Nash Bridges en reprise qui te fait sortir de ton inertie juste à temps pour donner le change à ton fils qui revient de l’école.

Et puis un bon matin, tu en as assez. Il faut que ça bouge quelque part. D’autant plus que l’horaire télé vient de changer et que Nash vient de disparaître de ta vie. Tu quittes ton emploi, tu en trouves un autre, tu continues ta thérapie, tu te sens de nouveau compétente jusqu’au jour où un tout petit événement te fait replonger. Tu es encore fragile. Pas facile d’avoir été la « pas bonne » de service pendant si longtemps. Tu termines ton contrat et tu te dis qu’un petit six mois de réflexion pour prendre le temps de finir de panser tes plaies, pour voir les autres autour de toi, pour mieux prendre ton envol vers une nouvelle carrière… Et ça te fait du bien. Tu retrouves tes esprits. Tu t’inscris à un club d’emploi et la recherche va plutôt bien.

Mais BANG! ton père tombe malade et rien ne va plus. Les 6 mois de congé se transformeront en un travail de proche aidant qui durera 5 ans. Cinq longues années à aider ceux que tu aimes, à prendre des décisions pas toujours faciles, à t’occuper de personnes démunies tout en essayant de ne pas te perdre à travers cela. Tu es en mode « raison », pas le temps de pleurer. Tu as une personne en fin de vie à accompagner et pour finir, un survivant à accompagner tant dans sa rage que dans sa peine. Mais tu le fais avec soin malgré l’adversité.

Et quand un jour tout se calme, tu te dis que tu peux reprendre ta carrière là où tu l’avais laissée. Ha! – Ha! – Ha!  C’était sans compter la disparition presque complète de ton réseau et du trou de 5 ans sans travail sur ton CV. Il y a aussi ton âge qui est devenu avancé, ton expérience dans tes nouvelles compétences qui n’est qu’académique ou bénévole. Mais tu fais contre mauvaise fortune, bon coeur.

Sauf qu’un jour, tu perds patience. Tu n’en peux plus du regard des employeurs sur ta situation. Tu en insultes même un qui ose te demander si tu seras capable de te réveiller le matin après 5 ans. Tu comprends aussi que ta réputation de faiseuse de griefs t’a précédée à certains endroits — faciles de savoir, ils ne sont même pas subtils dans leurs réponses. Mais tu persévères et après plusieurs mois, tu trouves enfin quelque chose. Qui durera le temps d’une grossesse. Au bout de 9 mois, on coupe le projet et on te met à la porte. Tu es triste et tu as peur parce que le pire reste à venir : recommencer le dur labeur de se trouver un emploi. Il semble que tu viens juste de vivre tout cela.

Mais tu recommences, tu ajoutes même une nouvelle corde à ton arc, mais constates avec effarement que rien n’a changé. Encore une fois, tu as l’impression que tout ce que tu as fait, vécu, appris pendant ces dernières années n’a aucune valeur, puisque non monnayé. Et même si tu as de l’expérience, il semble que le trou dans ton CV pèse encore. Tu as beau faire une excellente entrevue, c’est le silence chrono par la suite. Même pas assez poli pour te dire qu’ils ne te prennent pas.

Cependant, tu existes encore. Tu es un être humain, pas un robot. Il y a des jours où tu penses que ce serait plus facile de te faire faire un tattoo poche et de dire que tu n’as pas travaillé parce que tu étais en prison!?!? Je devrais m’acheter une moto. Ouais! Ça paraîtrait plus vrai. Pas obligée de la conduire, juste suggérer…

BUZZ! BUZZ! OK JE DEVIENS FOLLE!

Réfléchissons. Donc, si le fait que j’aie étudié, fait de la recherche universitaire, donné des conférences, participé à la vie citoyenne, animé des activités culturelles, écrit pour un journal, tenu un blogue littéraire, gagné deux prix d’écriture, cuisiné pour des amis, organisé des rencontre littéraires, fait d’excellente pâtisserie ne compte pas pour me permettre de reprendre ma carrière… Si le seul fait que la valeur de mon travail n’a été qu’humaine, gratuite, académique, sans valeur monétaire établie. Si je ne suis qu’une grosse méchante qui laissé un job permanent  juste parce qu’on m’avait dit que je n’étais pas fine!. Si ce trou de 5 ans n’est le fait — pourquoi pas — que d’une paresse extrême ou d’une tare qui fait de moi une mauvaise employée. Alors, je ne dois plus me bercer d’illusions, car il est possible qu’il n’existe pas de place pour les gens comme moi.

De toute façon, je pense que je n’ai plus les nerfs et la patience nécessaire. Une fille s’écoeure quoi!

Tellement que devant tout cela, après mûres réflexions, assise tranquillement devant l’océan Atlantique ou un peu essoufflée après avoir gravi les Rocky steps, il me fait plaisir de vous annoncer que je prends ma retraite.

Ne lisez pas ici que j’abandonne. Nooon! Je prends ma retraite. Dans le fond, c’est juste une question de sémantique. Je ne suis plus sans travail, à la maison, aidante naturelle, paresseuse, bizarre. Non, je suis une jeune retraitée dynamique! Beaucoup plus sexy dans notre société où la valeur monétaire des gens est parfois plus importante que la valeur humaine.

Je vais enfin pouvoir suivre d’autres cours, développer des desserts succulents, écrire un nouveau roman et terminer ceux que j’avais déjà commencés, continuer à aider les gens que j’aime et d’autres que je ne connais pas encore, faire de l’escalade, reprendre la danse, lire, me payer un tour de calèche et peut-être, grâce à mes passions faire quelques sous.

C’est stimulant la retraite que je me demande pourquoi je n’y avais pas pensé avant. Je me sens si bien, si libre. Et en plus, j’ai un statut pour tous ceux qui se sont inquiétés de me m’avoir vue comme une sans-papier pendant toutes ces années. J’adore jouer avec le sens des mots. Retraitée. Vraiment! Vraiment? Plus active que jamais.

Celli  🙂

P.S. Suivez-moi sur ce blogue chaque semaine pour les chroniques parfois déjantées, parfois sérieuses d’une jeune retraitée dynamique. Oh! que j’ai hâte de vous raconter!

4 réflexions au sujet de “Je suis à la retraite!”

  1. Comme a l’habitude tu manipule vraiment bien les mots qui sont d’une importance capitale dans notre société actuelle pour être quelqu’un! Toujours heureuse de te lire et te relire! Merci ☺️

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