Roman graphique des Années '80

Le scrapbook d’Élodie Lec – 1983

Hiver 1983

ENFIN QUÉBEC! ENFIN L’ANONYMAT DE LA VILLE!

Pendant que je tombe en amour avec Paul Cézanne et ses œuvres, les professeurs du CÉGEP font la grève. Ma nouvelle coloc, Solange et moi, on en profite pour sortir et approfondir notre connaissance de la ville. Et pour participer à notre premier carnaval. Lieu de toutes les aventures et quand je dis aventure, je veux dire aventure amoureuse.

Donc…

En ce dimanche soir du début du carnaval, en faisant le tour des sculptures sur neige, Nicole et moi avons rencontré deux garçons assez intéressants. Deux Ontariens, comme il y en a beaucoup pendant le carnaval, avec qui nous baragouinons notre anglais contre les 10 mots qu’ils savent en français. Au Vendredi 13, nous dansons un peu avec les deux Anglos qui passent leur temps à regarder ailleurs et comme Nicole est partie avec le dernier bus et que les deux trois fois où j’ai discuté avec le barman se sont avérées intéressantes, je décide de rester. Je me suis assise au bar et entre ses services le barman et moi discutons.

À la fermeture, il m’invite chez lui pour prendre un café. Je n’ai d’ailleurs jamais vraiment su si c’était l’alcool ou sa voix douce qui m’a fait le suivre sans m’interroger sur le danger de la chose. N’empêche que je l’ai suivi pleinement consciente de ce qui allait suivre en disant oui.

Arrivée à son appartement, il me fit effectivement un café que nous avons bu en continuant la conversation entreprise plus tôt dans la soirée. Il avait le don de raconter les choses les plus simples et de les rendre intéressantes. Lorsque le soleil a commencé à se lever, nous n’étions pas encore passés aux « choses » sérieuses. Un peu déçue, je me suis décidée à partir.

Debout devant lui, la main tendue vers mon manteau, il m’a enfin embrassée longuement. Je me suis laissée faire, envoûtée, désireuse d’enfin savoir. Il m’a ensuite transportée vers sa chambre où tout doucement, il m’a déshabillée et caressée jusqu’à ce que je lui demande d’aller plus loin. « Tu es sûre? » « Oui, c’est toi que je veux pour ma première fois. » Alors il m’a prise doucement, avant de se reprendre avec plus d’ardeur pour la deuxième fois. Et là, j’ai enfin compris la différence entre la fiction et la réalité. Contrairement à bien d’autres de mes amies avec qui j’en avais parlé, j’ai eu de la chance.

À midi, à mon réveil, il était toujours là, souriant. « Tu reviens demain soir? » Et c’est ce que j’ai fait jusqu’à la fin de la session : prendre un verre au Vendredi 13, discuter et faire l’amour. Lorsqu’on s’est quitté à la fin du mois de mai, j’étais devenue une femme… dans mon corps du moins.

Élodie et le barman

 

Été 1983

Maintenant célibataire et libre au lieu de savourer mon ennui, je me suis jetée dans l’action. Comme il me restait une belle somme venant de mes prêts et bourses, je ne me cherche pas de job d’été et j’en profite pour voyager à la place. Chose que j’avais très peu faite puisque mes parents sont de grands sédentaires.

Je suis donc partie pour Gaspésie avec des amis qui avaient loué un chalet. Puis à Montréal, m’éclater à la Ronde et dans les bars. Avant de faire un croche par Old Orchard, faire semblant de faire de la plage quand dans le fond, ce sont les soirées que j’attendais. Et pour finir, je suis revenue passer le reste de l’été chez mes parents. Où j’ai encore eu la discussion sur les études en lettres avec mon père, homme pragmatique. Il me disait de prendre des cours de secrétariat à travers mes cours de lettres, comme ça je pourrais être secrétaire si je ne devenais pas écrivaine. Ma mère, elle, s’inquiétait plus de mon alimentation que de ma carrière. Selon elle, sans une bonne alimentation, peu importe ce que je faisais, je n’aurais jamais l’énergie pour le faire. Alors, elle m’enseignait des recettes simples et faciles pour pallier à la chose.

En gardant le magasin pour mes parents une fin de semaine, j’ai rencontré Julie et son ténébreux ami Mikhail — il ressemble au danseur de ballet Baryshnikov — , dont les parents sont d’origine russe. Elle a un contrat de photographie pour l’oncle de Mikhail qui les accompagne dans ce périple. Pendant que mon père raconte la vie de son père comme gardien de phare à l’oncle de Mikhail, nous allons ensemble jusqu’à l’ile pour prendre les photos. Ça me donne enfin l’occasion de le faire. C’est pour dire que parfois, on habite quelque part et ce n’est que lorsque des étrangers viennent que nous prenons le temps d’aller visiter ce qui nous entoure.

Le soir, nous sortons dans un petit bar pas très loin de chez moi. Julie est une fille très sympathique. Ce qui contraste avec son russe qui fait plus office de garde du corps.

Juste avant son départ, elle me promet un exemplaire du livre. Je lui laisse ma nouvelle adresse à Québec pour que l’on puisse s’écrire en attendant le livre. Julie fait partie de ces rencontres fortuites qui malgré leur brièveté première, se développent vers quelque chose qui dure parfois plus longtemps que des amitiés venant de l’enfance. Cette rencontre termine bien mon été.

 

Automne 1983

J’adore toujours Québec. Je vais au cinéma, au théâtre. Chez Henri, où Nicole et moi avons une chambre, nous passons de belles soirées de chambre en chambre à discuter ou écouter la télé.

La fin de semaine comme elle retourne dans sa famille, je vais rejoindre Solange dans Limoilou pour les sorties dans les bars. On va principalement au Cabaret du Concorde ou entendre un chansonnier Chez son père.

Je ne retourne pas souvent chez mes parents. Outre pour les voir, il n’y a plus grand-chose pour moi dans ce petit village. Parfois, ce sont eux qui viennent me voir lorsqu’ils viennent magasiner en ville et cette visite est agréable et rassurante.

Mon professeur de Philosophie de l’homme est une féministe revendicatrice. Avec elle, je découvre Benoîte Groult et Colette Dowling. Mes deux travaux sur les ouvrages de ces femmes me valent une note incroyable. Grâce à elle, je m’ouvre au féminisme, à l’action politique.

Les vacances des fêtes deviennent alors quelque chose de plus profond, un peu comme mes questionnements de 1981 à la suite de la lecture de Tim. On dirait que de me retrouver dans ma chambre de petite fille est plus propice à la réflexion que lorsque je mène ma vie de bohème à Québec. Il y a plus que de trouver LE gars dans la vie. D’ailleurs, qu’est-ce que je vais faire de ma vie?

Celli

https://cellirelcenecrivaine.wordpress.com/2016/01/11/menu-dhiver-1983/

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