Roman graphique des Années '80

Le scrapbook d’Élodie Lec – 1985

Printemps 1985

Je termine mon DEC en lettres cette année. J’ai vraiment tripé pendant cette dernière session. Éthique et politique, philosophie du féminisme, atelier littéraire… Tout pour me permettre de réfléchir, de créer, de me positionner en tant que femmes. Je lis assidument La vie en rose et j’ai commencé à faire du bénévolat dans un centre femmes. Le 8 mars dernier a été ma première participation aux activités de la Journée internationale des femmes. Nous avons certes plus de droits, mais il reste encore beaucoup à faire.

Je ne m’étais jamais imaginé que les femmes aux Québec ne pouvaient voter que depuis 1940 ou que la femme mariée ne détient sa capacité juridique que depuis 1964 grâce au travail de la première députée Marie-Claire Kirkland.   C’est presque hier quand on y pense…

Avec ce DEC en lettres, puis-je me déclarer écrivaine ou faut-il que j’aie publié quelque chose? Encore faut-il que je termine  les  « débuts » de romans qui dorment au fond d’un tiroir.

En février, j’ai revu René par hasard lors d’un 5 à 7 dans un bar. La flamme n’y est plus, mais l’amitié, oui. Nous avons discuté des choix que j’avais faits pour l’université. Finalement, je me suis inscrite à un certificat en création littéraire.

Je me suis dit que ce serait une excellente occasion de terminer tous ces romans en chemin. Pendant l’été, je vais travailler dans une maison d’hébergement pour femmes battues.

Élodie

Été 1985

À côtoyer les malheurs des femmes que je rencontre à la maison d’hébergement, je me rends bien compte que j’ai eu une vie privilégiée.

Pour oublier ces malheurs qui me suivent parfois à la maison, je sors beaucoup et je dépense presque tout mon salaire en spectacles, bonnes bouffes, sorties entre amis, bons vins, petits voyages et bien sûr, des dizaines de livres.

C’est la vie paradoxale d’Élodie…

Automne 1985

J’adore mes cours. J’ai fait le bon choix. J’écris, j’écris tout le temps. Ce qui me sauve de la déprime et de l’inquiétude parce que j’ai tout flambé cet été. Mais à quoi ai-je bien pu penser? Je me nourris au Cheez Whiz et aux nouilles aux tomates.  

Heureusement en octobre René m’a offert un poste à temps partiel au Centre. Cela me permet enfin de souffler et de sortir un peu… de manière plus raisonnable.

À la maison d’hébergement où je fais toujours du bénévolat, une mère est là avec sa fille de 16 ans enceinte de son beau-père batteur de femmes. Je l’accompagne pour un avortement. Nous sommes en 1985 et si sa santé n’est pas en danger, cet avortement est illégal. Il y a quelque chose de difficile et de mesquin dans tout cela. Cette jeune fille ne mérite pas ce qui lui arrive et n’a pas besoin qu’on lui rappelle les abus qu’elle a subis. Pour ce faire, nous devons nous rendre à Montréal à la clinique du Dr Morgentaler et foncer sans regarder en arrière.

Elle a été très courageuse. Le lendemain, à son retour, sa mère en pleurs lui a promis que cela n’arriverait plus. Je ne sais ce qu’elles sont devenues après leur départ de la maison d’hébergement. J’espère qu’elles sont heureuses.

Élodie

Noël 1985

Je décide avec deux autres amies de passer les fêtes à Québec. J’irai voir mes parents après le Jour de l’an. On se fait un petit souper de Noël et on profite des soirées pour sortir et aller danser.

Mais surtout, pas question de manquer le 31 décembre. Je veux défoncer l’année entourée de fêtards imbibés aux bulles.

Élodie

https://cellirelcenecrivaine.wordpress.com/2016/04/03/994/

 

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