Récit

Les envolées de Celli – Bonne fête maman!

 

Aujourd’hui, maman a 87 ans. 87 années de vie allant d’un siècle à l’autre. Née l’année de la grande crise de 1929, l’économie domestique a toujours été sa préoccupation première. Bien avant le temps, maman a su recycler, réemployer et parfois réduire.

À la maison, bien des choses se trouvaient transformées en quelque chose de différent. Un ancien drap devenait guenille ou housse, une boîte de conserve, un contenant pour les clous ou la peinture de l’atelier de papa.

Maman cuisinait beaucoup. Elle avait toujours le nez dans un livre de recettes ou une oreille à écouter Françoise Larochelle-Roy[1] à la radio. Elle aimait essayer de nouvelles recettes au grand damne de papa. Encore là, rien ne se perdait. C’est sûrement elle qui a inventé l’art d’apprêter les restes! Chacun de ses repas commençait par une soupe « une soupe, ça te fait un fond pour le reste. » Chacun de ses repas était complet, prévu, pensé, cuisiné à la maison. À travers les clients du magasin, les bateaux à gréer, elle avait toujours le temps de faire ses repas trois services. Il ne manquait de rien. La nourriture, nourrir était sa priorité. Et cela se reflétait dans sa pratique, on sentait qu’elle le faisait avec passion, pas par obligation.

Aujourd’hui, elle ne cuisine plus beaucoup. Depuis la mort de papa, cuisiner pour elle seule, c’est moins intéressant. Mais elle est toujours aussi attentive à ses repas. Elle défend les gens de sa résidence qui travaille à les nourrir. Elle se souvient de sa tâche, des efforts qu’elle fournissait et les transfère sur eux. Ces cuisiniers et serveurs ont une alliée de classe.

Il y a des jours où je me dis que j’aurais dû prêter plus d’attention lorsqu’elle était à la cuisine. Mais à cette époque, c’est mon frère qui s’intéressait à la cuisine. Moi, je n’avais qu’une idée, m’en éloigner. J’avais beaucoup trop à découvrir dans mes livres pour perdre mon précieux temps à regarder quelqu’un faire une recette de rôti de boeuf. Depuis, les choses ont bien changé. Si les livres ne m’ont jamais quittée, la cuisine, elle, est revenue me visiter un jour et je m’y suis intéressée… autrement.

Car  du haut de ses 87 ans, maman est devenue un peu comme notre enfant à mon frère et moi. Les rôles sont maintenant inversés. La mort de papa l’aura anéantie dans son amour, dans sa vie. Mais la cuisine l’allumera toujours. Ce sera toujours l’étincelle qui fera jaillir ses souvenirs, ses idées, sa créativité. Et c’est à travers ces discussions de boustifailles que nous retrouvons celle qui a bercé notre enfance. Et là, c’est tout le bonheur du monde qui vient nous visiter.

Celli

[1] http://www.lapresse.ca/le-soleil/actualites/la-capitale/201104/02/01-4385975-la-journaliste-francoise-la-rochelle-roy-seteint.php

Récit

Les envolées de Celli – Des chiffres et des lettres

 

En cette semaine un peu surréaliste, voici quelques pensées qui ont surgi comme un pop up sur mon écran alors que je planche sur mes travaux de fin de session.

 

382 millions d’heures:

Ce sont de touchantes histoires que j’ai lues tout au long de la semaine des proches aidants. L’histoire de gens qui prennent soin de membres de leur famille dans l’ombre, sans tambour ni trompette. Des millions d’heures et des milliards de dollars qu’on occulte et qu’on ne reconnait ou ne paie pas.  Et pourtant, d’après une étude faite en 2015, « s’appuyant sur la méthode du coût de remplacement généraliste, l’étude montre que pour remplacer, les 382 millions d’heures par an en soutien fourni par les proches aidants,  il en coûterait à l’État québécois entre 4 et 10 milliards de dollars par année, selon le taux horaire retenu dans ce calcul. » (1) Si vous en croisez un, dites-lui bravo! Et espérez avec eux une meilleure reconnaissance de cet engagement de la part de la société et du gouvernement.

(1) http://www.observatoirefamille.inrs.ca/relations-avec-les-institutions/le-travail

 

Les mots de Leonard Cohen

Quelle triste nouvelle que celle de la mort de Leonard Cohen, poète, romancier et chanteur de grand talent ! Ces mots et sa musique lui survivront…

Chaque caillou (2)

Chaque caillou rêve de lui-même
Chaque feuille a un projet
Le soleil a le désir
de voyager sur un rayon
Vaincu je ne peux offrir
mon coeur à la paix sainte
parce que je rêve de chaînes
et je rêve de liberté

J’ai dit cela au prisonnier
qui a tué celui que je hais
J’ai dit cela au mineur qui
a extrait mon assiette d’or
Ainsi je vis en enfer
car je rêve que l’enfer est
la distance que j’ose mettre
entre ma main et la sienne

J’ai rêvé de mon corps cette nuit
J’ai rêvé de l’univers
J’ai rêvé j’ai rêvé un millier d’années
afin de répéter
les sept jours des merveilles
quand, tiré de la brume
j’étais vêtu de nudité
et souffrais d’exister

J’ai rêvé qu’on me donnait une chanson
comme seule preuve
que ma vraie demeure avec toi
n’a ni poutres ni chevrons
ni fenêtres pour voir au-dehors
ni miroirs pour voir au-dedans
ni chansons pour en sortir
ni mort pour commencer

O mon enfant voici ton rêve humain
voici ton sommeil humain
et ne désire pas tant grimper
loin de ce qui est sain et profond
J’aime le rêve que tu as commencé
sous l’arbre toujours vert
J’aime le caillou et le soleil
et tout ce qui se trouve entre eux

Et pour cette conversation
dans la première lumière de l’aube
J’offre ces jours mesquins
qui s’effilochent sous tes yeux
Et je ne sais combien de jours
passeront avant ma délivrance
et ce qui restera de cette chanson
que tu as mise sur la langue de ta créature

Montréal, 1978

(2) http://www.leonardcohensite.com/poems.php

 

Autour de 55%

C’est le taux de participation aux élections américaines. Divisé ensuite par candidat, est-ce assez pour légitimer un président?

 

Mes mots

Tous ceux que j’ai réussi à aligner dans un ensemble cohérent pendant toute cette semaine alors que les chiffres et les nombres me bombardaient. Comme maman me décrivant sa recette de chocolat à la menthe pour les besoins de mon travail sur les coutumes et rituels des fêtes.

 

J’écris cela et tout au fond de mes pensées, le nombre 8 se fraie un chemin pour que je n’oublie pas de m’acheter des chocolats à la menthe After eight!!!!

 

Celli

Les envolées de Celli

La page blanche

 

la-page-blanche-magritte

L’oeuvre La page blanche de René Magritte (1967) se veut un hommage à Stéphane Mallarmé, qui méditait sur l’impossibilité de l’écriture à conserver la blancheur de la page. Et bien, cette semaine, cette impossibilité me semblait tout à fait possible.

Après avoir passé la semaine à noircir des feuilles et des feuilles pour mes travaux scolaires, je me suis retrouvée aujourd’hui devant la blancheur de la feuille lorsqu’est venu le temps d’écrire ce blogue.

Rien, rien ne me venait à l’idée. Il y a bien eu quelques tentatives, mais aucune ne trouvait grâce. Sauf que contrairement à Mallarmé, il est aujourd’hui possible par la magie de l’électronique de redonner sa blancheur à la page. Donc, je me suis retrouvée à fixer l’écran et son néant.

Parfois, je me laissais distraire par un message ou une publication des réseaux sociaux qui entrait tout en bas, espérant y retrouver l’embryon d’une idée. Mais non, il semble que les décors d’Halloween, le décompte avant Noël (il ne reste que 51 jours avant Noël), les nouveaux t-shirts pour la journée nationale du chat ou un article sérieux sur l’intimidation ou un désastre environnemental ne me procuraient aucune étincelle.

Alors j’ai laissé la page blanche en pan et suis allée faire des biscuits pour me vider la tête et c’est là devant l’emporte-pièce en forme de lune que la toile de Magritte m’est revenue en mémoire.

Cette toile que j’ai toujours aimée. Il y a en elle comme un accès au contresens qui souvent est le chemin le plus sûr pour mener à la création. La lune est comme la blancheur de la page et les feuilles, juste derrière, comme les idées qui tentent de submerger. Parfois, elles réussissent, parfois elles ne réussissent pas. Aujourd’hui, elles ont réussi.

Celli