Les envolées de Celli

Ce qui nous laisse

En l’espace de quelques jours, la semaine dernière, j’ai vécu trois grandes pertes.

En tout premier lieu, ma magnifique maman. Tout doucement, elle est allée rejoindre celui qu’elle avait tant aimé… La perte d’une mère, c’est un grand morceau d’amour qui nous quitte, mais dont le souvenir nourrit ceux qui restent. Demain, elle sera portée à son dernier repos. Il se sera passé dix jours avant cette étape du rituel du deuil. Dix jours surréalistes où l’on essaie d’apprivoiser le monde sans elle. Dix jours à prendre des décisions parce que la vie, elle, continue. Elle est forte la vie et malheureusement, c’est dans la mort qu’on le constate. Cette mort qui de nos jours semble effacée du monde des vivants à grands coups de cure de jeunesse et de faux-semblant d’éternité. Sauf qu’elle fait aussi partie de la vie et qu’elle a besoin d’autant de préparation qu’un modeste projet de voyage à l’étranger. Sans vivre dans son expectative, il est important de la prévoir pour continuer de bien exister.

En deuxième lieu, celle-là même qui a tant inspiré mon destin de femme, Françoise David annonçait jeudi dernier qu’elle quittait la vie politique. Co-porte-parole de la formation politique Québec solidaire, cette femme admirable a marqué à tout jamais le monde politique du Québec en se faisant la voix de ceux que l’on entend ou écoute peu. Et à l’échelle de ma vie de femme et de féministe, Françoise David a été tout aussi marquante que Benoîte Groult lorsque j’ai eu terminé la lecture d’Ainsi soit-elle. Provoquant une prise de conscience incroyable et un goût pour la justice et l’équité. J’ai d’ailleurs eu l’honneur de militer et travailler à ses côtés entre autres, en 1995, pour l’organisation locale de la marche des femmes Du pain et des roses contre la pauvreté. À cette grande dame, je dis merci!

Et en troisième lieu, j’ai eu le vendredi 20 janvier à midi, la grande impression de perdre l’essence de la démocratie lorsque Donald Trump est devenu le quarante-cinquième président des États-Unis. En voyant Barack Obama quitter la colline du Capitole, mon coeur s’est serré. J’avais beau me dire qu’il faut laisser une chance au coureur, mais quand le coureur a à peine entamé son premier pas et que disparaisse du site web de la Maison-Blanche des pages comme celle sur les changements climatiques et celle pour la communauté LGBT ou qu’il, comme tout premier acte administratif, s’empresse d’apposer sa signature sur le décret contre l’Obamacare… Je me dis que les quatre prochaines années seront très longues et qu’il faudra à tous et surtout toutes, restés vigilants, car il y a comme une amertume démocratique qui tourne dans l’air de la politique États-Uniennes.

Trois grandes pertes d’intensité émotionnelle inégale qui m’ont plongée depuis dans une atmosphère teintée de surréalisme.

Celli

La Bouquinière

La Bouquinière

 

La bête à sa mère

La bête et sa cage

David Goudreault

Stanké, 2015 et 2016

 

Séparé de sa mère à la naissance, le narrateur fait tout pour la retrouver. Et la fin justifie les moyens. C’est cet antihéros qu’on a de la difficulté à aimer dont David Goudrault fait le personnage principal de son premier roman.

La suite, La bête et sa cage continuera à raconter les péripéties de ce personnage pour qui tous les moyens sont bons pour obtenir ce qu’il veut. Car, dans sa tête, ses raisonnements un peu simplistes sont arrimés à des concepts et idées qui légitiment ses actions. Et comme « c’est documenté« , il ne voit pas pourquoi, il pourrait en être autrement.

Danièle Laurin dit du premier tome dans Le Devoir : « C’est au-delà des événements comme tels que La bête à sa mère est vraiment intéressant, si on peut dire. Dans la charge sociale sous-jacente au roman. Une charge à tous les vents, sans retenue aucune, qui se plaît à l’exagération. Contre le monde pourri, corrompu, hypocrite, égocentrique. Contre la loi du plus fort, la course à l’avoir et au paraître. Contre la déshumanisation généralisée. »

Voilà! C’est ainsi que je le vois également, dans cet entre les lignes, cet extérieur que sous-tendent les deux romans.

J’adore David Goudreault que j’ai connu aux Correspondances d’Eastman lors du dévoilement des gagnants (dont j’étais) du concours l’Interlettre en 2013. Il avait lu ma lettre rebelle avec tant de brio que j’en suis encore émue. Mais c’est sa poésie qui m’a le plus touchée dans les mots et dans l’émotion qui est restée après la lecture.

Un troisième tome mettant toujours en vedette ce jeune écorché de la vie est en préparation. D’ici là, lisez-le ou écoutez-le car il se commet à la radio et sur disque également 🙂

 

Celli

 

Pour en savoir plus : http://www.davidgoudreault.org

Les envolées de Celli

La météo

 

Hier en plein mois de janvier, je suis sortie sans tuque et sans gants, mais avec un parapluie!? La veille, il a fallu pelleter le 15 cm de neige qui était tombée dans la nuit. Et juste avant, le mercure est descendu jusqu’à moins 21°C, facteur vent moins 34°C. La température joue ainsi avec nous depuis le début de l’hiver.

Disons que les changements climatiques déstabilisent un peu les notions générales de la météorologie hivernale québécoise connue jusqu’à ce jour. Ces notions souvent reçues de nos ancêtres qui en regardant la nature, pouvaient prévoir le temps qu’il ferait. Aujourd’hui, les météorologues ont des outils très sophistiqués pour développer des modèles de température tenant compte d’un ensemble de facteurs.

Cependant, il n’y a rien qui vienne titiller mes nerfs comme les météorologues de salon. Ceux qui regardent la température à long terme et qui capotent sur le temps qu’il fera dans trois, quatre, dix jours… C’est de la divination rendu là. Ou entendre un animateur de radio commenter l’alerte tempête en détail pendant presque vingt minutes. Vingt minutes à divaguer sur la neige qui tombera dans la nuit, suivi de pluie avec possibilité de verglas entre les deux et à extrapoler le trafic du lendemain matin. Finalement, cette alerte météo a été moins fulgurante que sa description. Il fallait simplement être prudent comme dans n’importe quel soubresaut de l’hiver.

Autrefois, à l’hiver, tout ralentissait. On vivait avec les possibilités d’actions que la saison offrait. Aujourd’hui, tout va beaucoup trop vite et rien ne doit nous ralentir et surtout pas l’hiver. Il y a un principe de prudence qui n’est pas réellement permis de mettre en oeuvre. Il y a une règle non écrite qui nous précipite dans le sortir et se mettre en péril parce que si tu ne le fais pas, il y a autant de risques que si on reste en sûreté chez soi.

Enfin, je rêve de vivre l’hiver pour ses beautés, son air frais et revigorant, son défoulement extraordinaire tout en me sachant en sécurité bien au chaud et pour l’opportunité qu’elle me donne de ralentir.

Celli