Les envolées de Celli

Épistolaire

Québec, le 13 juillet 2013

Cher moi-même,

J’annonce officiellement qu’un putsch organisé par mon cerveau Droit, a présentement lieu au sein du gouvernement de mon cerveau Gauche afin d’étouffer sa gouvernance trop analytique. Le Droit macère depuis trop longtemps ses idées de rébellion créatives et désorganisées, mais combien nouvelles, pour continuer de se tenir à carreau et endurer le diktat organisationnel du Gauche!

Le Gauche qui ordonne d’une telle manière, d’un tel côté, à telle heure, ne pas faire ça ainsi, rester sur le bon chemin, tant de routine, tant de raison. Le Droit n’en peut plus. Il veut flâner le matin, sauter un repas, partir quand il veut, écrire enfin un roman de 500 pages plutôt que d’aller travailler, façonner de nouveaux agissements, ne plus jamais s’enfermer dans la routine.

Il y a maintenant une semaine, le Droit a lancé sa première attaque sur le siège organisationnel du gauche. En témoignent, les premières pages imprimées du roman de 500 pages, la crème glacée fondue tout près du clavier et le message laissé sur le répondeur du patron prétextant une grippe pour mieux rester à la maison et créer. La bataille fut ardue, mais jouissive devant la victoire. Malheureusement, un phénomène naturel, parfois allié, parfois ennemi est venu endormir le Droit. Ce qui a permis au Gauche de se réveiller de bon matin pour barricader le droit et faire ce qu’il y avait à faire : Détruire tout relent créatif apparent. Le Droit, dans son attachement, a tout de même réussi à sauver les feuilles, mais pas la crème glacée.

Deux jours durant le Gauche s’est opposé à la rébellion maintenant le Droit dans une structure rigide ne permettant aucun excès. Jusqu’au jour où le Droit, profondément déprimé devant son projet de roman inachevé, s’abreuva d’alcool pour oublier sa servitude. Ce qui, contre toute attente, eut pour effet de décupler sa créativité et d’étourdir l’organisation du Gauche. Redonnant du coup au Droit une opportunité d’avancement et la possibilité d’une brèche dans les infrastructures du Gauche. Car, devant ce flot d’idées décousues, de décisions prises trop rapidement, de manifestations artistiques débridées, le Gauche avait trop d’endroits où donner de la tête. La nuit, qui l’avait aidé à reprendre du terrain, n’était plus assez longue pour traiter toutes ces informations et les retourner contre le chaos embrumé formé par le Droit.

In vino veritas était devenu le credo révolutionnaire du clan du Droit. Chaque jour abreuver le Gauche de vapeur éthylique et d’idées nouvelles lancées sans but. Créatifs de tous les pays, levez-vous!

Inconsciemment, je sais que le Gauche reviendra un jour en force avec des devises comme un jour à la fois qui auront pour effet de détruire massivement les armes du Droit. Or pour l’instant, je compte savourer pleinement l’état de droit du Droit.

Celli
C2013

Les envolées de Celli

Il y a des jours…

Où la vie semble des plus difficiles, où on croit que plus rien de bon ne pourra arriver. Des problèmes anodins qui ne feront mourir personne prennent de l’ampleur et dégénèrent en monstruosité. Tellement qu’on ne voit plus rien, qu’on ne ressent plus rien, tout ce que l’on veut, c’est arrêter d’avoir mal, d’avoir peur, voir de nouveau l’espoir poindre à l’horizon.

Et alors que l’on n’espérait plus rien outre le fait qu’on ne retire pas de la programmation toutes ces émissions qui vous empêchent de penser, une toute petite chose se profile au coin de votre œil. Mais c’est tellement petit que vous n’y croyez pas. D’ailleurs, vous l’ignorez, car vous craignez la folie.

Sauf qu’elle est persistante, apparaît de plus en plus clairement cachant du coup l’image unicommunicationnelle de la télé. Et vous vous laissez envahir par sa chaleur, par la sensation d’espoir qu’elle promet.

Plus les jours passent et moins ces personnages auxquels vous vous étiez pourtant attachés semblent plus irréels que vos propres gestes. C’est alors que vous vous décidez à enfin faire un premier geste, un premier pas vers autre part, autre chose, vers l’autre.

Au début, c’est difficile et vous replongez parfois dans les univers fictifs créés pour vous. Mais la symbiose n’y est plus, toujours vous percevez cette chose tout d’abord du coin de l’œil pour ensuite la laisser vous envahir de nouveau. Et vous fermez le poste au cœur de l’action et vous reprenez vos gestes sociaux, créatifs, amoureux qui malgré la peur ou le doute vous reviennent tel le vélo. 

Et chaque jour, vous vous sentez plus sûre, plus en symbiose avec la vie, votre vie. Celle que vous aviez quittée pour ne plus ressentir la douleur, la peur qui aujourd’hui ne vous paralyse plus, plutôt, vous l’apprivoiser peur à peu et comme tout le reste est tellement bon, vous avancez enfin.

L’espoir s’est pointé avec tout ce qui l’entoure pour vous rappeler que vous étiez en vie et que tout n’était pas perdu. Mais surtout, vous avez laissé votre regard quitter l’écran…
Celli

Les envolées de Celli

ON EST VERT OU ON NE L’EST PAS

Julianne se sentait désespérée, sa voiture venait de la lâcher tout en haut de la 1ère avenue. Rien à faire, ce tas de ferraille ne voulait plus démarrer. Elle aurait mieux fait de prendre l’autobus comme d’habitude. Elle était punie pour son manque de conscience environnementale. Prendre sa voiture, devait la mettre en avance pour avoir le temps de respirer avant son entrevue d’emploi, marcher autour de l’édifice, revoir ses notes.

Le 801 se dessinait au loin. Il y avait de l’espoir. Elle ne serait peut-être pas en retard finalement. Elle arriverait serré, sans le moindre temps pour s’aérer, mais du moins, elle y serait. 

En montant dans le bus, elle fut happée par le charme du chauffeur. Quelle cuisse! Même nerveuse, elle n’allait sûrement pas manquer la vue qui s’offrait à elle. Ce serait donc le « banc des innocents » site idéal pour ne rien manquer. Habituellement, elle regardait les rues défiler devant elle, mais aujourd’hui, elle avait quelque chose de beaucoup plus important à faire. Aussi ne remarqua-t-elle pas l’hurluberlu qui sortait à la course d’une ruelle située près de l’Hôpital St-François-d’Assise pour attraper l’autobus.

– Les mains en l’air, c’est un détournement d’autobus.

– Un quoi? répondit le chauffeur

– Un détournement d’autobus, le smatte. À partir de là, c’est moi qui mène pis tu continues sans t’arrêter pour aller prendre Laurentien, pis tu m’apportes jusqu’à l’aréoport.
Et regardant les passagers : « Pis vous autres, avancez en arrière et tassez-vous tous sur le dernier banc. Mais pas toé ma jolie. » dit-il en agrippant Julianne et en lui poussant son arme dans les côtes. 

Pour la sécurité de tous, le chauffeur obtempéra et dépassa les arrêts où il aurait dû s’immobiliser ignorant les regards ahuris des gens qui attendaient.

Julianne n’osait pas bouger, de peur que le voyou ne lui tire dessus. À l’intersection du pont Drouin, le chauffeur hésita à passer de nouveau sur un feu rouge. « Envoye, avance, sinon je la descends. Pis c’est pareil pour vous autres. » ajouta-t-il enlevant quelques secondes le canon du pistolet des côtes de Julianne et le pointant en direction des autres passagers. 

L’arme n’étant plus pointée sur elle, Julianne se risqua à jeter un regard anxieux à son beau chauffeur. Ce qu’elle vit dans ses yeux la rassura et lui redonna courage.
– Vous savez, je devais passer une entrevue très importante aujourd’hui. Un travail dans mon domaine en plus. Il semble bien que je vais devoir oublier l’idée. Vous me voyez m’excuser de mon retard pour cause de détournement de bus!!!

– La ferme et essaie pas de m’amadouer. J’ai un deal bien plus important que ta job à faire.

– Je voulais juste que vous sachiez.

– Ben, ça m’intéresse pas. Tout ce que je veux c’est de me rendre à l’aréoport.

– Vous auriez pu voler une voiture comme tous les voleurs de votre espèce.

– Es-tu folle? Pis augmenter le trou dans la couche d’ozone alors qu’on a la bus!
Contre toute attente, Julianne fut alors prise d’un fou rire incontrôlable. « Arrête, sinon j’te passe. » Mais elle en était incapable. Plus elle y pensait et plus elle riait et plus le criminel s’énervait et moins il regardait la route et donc, l’arrivée de la bretelle d’entrée de l’Autoroute de la Capitale. 

Entre deux hoquets, le regard de Julianne a croisé celui du chauffeur qui lui faisait signe de s’accrocher. Ramassant le premier poteau à sa portée, Julianne s’accrocha pendant que le chauffeur donnait un terrible coup de roue juste au moment où il empruntait la bretelle. Le détourneur déboula dans les escaliers laissant tomber son arme que Julianne, malgré sa douleur au bras, attrapa pour le pointer vers le pirate de terre.

« Maintenant, c’est moi qui mène et je te dis de t’asseoir les mains en l’air sans faire le moindre mouvement. Et vous mon ravissant chauffeur, vous stationnez et vous appelez la police. » Le ton de Julianne était sans appel aussi quand la police arriva sur place, le détourneur d’autobus n’avait pas oser bouger ne serait-ce que d’un seul pouce. 

Ce jour-là, Julianne ne passa pas d’entrevue d’emploi. L’entrevue télévisée avait suffi. Et tant de courage et de détermination avait conquis ses futurs employeurs. Ah oui! Julianne et le chauffeur d’autobus sexy ne se sont pas revus après l’incident. Mais qui sait ce qui peut arriver dans les corridors d’un palais de justice entre témoins d’un procès. 

Celli 🙂