Les envolées de Celli

ON EST VERT OU ON NE L’EST PAS

Julianne se sentait désespérée, sa voiture venait de la lâcher tout en haut de la 1ère avenue. Rien à faire, ce tas de ferraille ne voulait plus démarrer. Elle aurait mieux fait de prendre l’autobus comme d’habitude. Elle était punie pour son manque de conscience environnementale. Prendre sa voiture, devait la mettre en avance pour avoir le temps de respirer avant son entrevue d’emploi, marcher autour de l’édifice, revoir ses notes.

Le 801 se dessinait au loin. Il y avait de l’espoir. Elle ne serait peut-être pas en retard finalement. Elle arriverait serré, sans le moindre temps pour s’aérer, mais du moins, elle y serait. 

En montant dans le bus, elle fut happée par le charme du chauffeur. Quelle cuisse! Même nerveuse, elle n’allait sûrement pas manquer la vue qui s’offrait à elle. Ce serait donc le « banc des innocents » site idéal pour ne rien manquer. Habituellement, elle regardait les rues défiler devant elle, mais aujourd’hui, elle avait quelque chose de beaucoup plus important à faire. Aussi ne remarqua-t-elle pas l’hurluberlu qui sortait à la course d’une ruelle située près de l’Hôpital St-François-d’Assise pour attraper l’autobus.

– Les mains en l’air, c’est un détournement d’autobus.

– Un quoi? répondit le chauffeur

– Un détournement d’autobus, le smatte. À partir de là, c’est moi qui mène pis tu continues sans t’arrêter pour aller prendre Laurentien, pis tu m’apportes jusqu’à l’aréoport.
Et regardant les passagers : « Pis vous autres, avancez en arrière et tassez-vous tous sur le dernier banc. Mais pas toé ma jolie. » dit-il en agrippant Julianne et en lui poussant son arme dans les côtes. 

Pour la sécurité de tous, le chauffeur obtempéra et dépassa les arrêts où il aurait dû s’immobiliser ignorant les regards ahuris des gens qui attendaient.

Julianne n’osait pas bouger, de peur que le voyou ne lui tire dessus. À l’intersection du pont Drouin, le chauffeur hésita à passer de nouveau sur un feu rouge. « Envoye, avance, sinon je la descends. Pis c’est pareil pour vous autres. » ajouta-t-il enlevant quelques secondes le canon du pistolet des côtes de Julianne et le pointant en direction des autres passagers. 

L’arme n’étant plus pointée sur elle, Julianne se risqua à jeter un regard anxieux à son beau chauffeur. Ce qu’elle vit dans ses yeux la rassura et lui redonna courage.
– Vous savez, je devais passer une entrevue très importante aujourd’hui. Un travail dans mon domaine en plus. Il semble bien que je vais devoir oublier l’idée. Vous me voyez m’excuser de mon retard pour cause de détournement de bus!!!

– La ferme et essaie pas de m’amadouer. J’ai un deal bien plus important que ta job à faire.

– Je voulais juste que vous sachiez.

– Ben, ça m’intéresse pas. Tout ce que je veux c’est de me rendre à l’aréoport.

– Vous auriez pu voler une voiture comme tous les voleurs de votre espèce.

– Es-tu folle? Pis augmenter le trou dans la couche d’ozone alors qu’on a la bus!
Contre toute attente, Julianne fut alors prise d’un fou rire incontrôlable. « Arrête, sinon j’te passe. » Mais elle en était incapable. Plus elle y pensait et plus elle riait et plus le criminel s’énervait et moins il regardait la route et donc, l’arrivée de la bretelle d’entrée de l’Autoroute de la Capitale. 

Entre deux hoquets, le regard de Julianne a croisé celui du chauffeur qui lui faisait signe de s’accrocher. Ramassant le premier poteau à sa portée, Julianne s’accrocha pendant que le chauffeur donnait un terrible coup de roue juste au moment où il empruntait la bretelle. Le détourneur déboula dans les escaliers laissant tomber son arme que Julianne, malgré sa douleur au bras, attrapa pour le pointer vers le pirate de terre.

« Maintenant, c’est moi qui mène et je te dis de t’asseoir les mains en l’air sans faire le moindre mouvement. Et vous mon ravissant chauffeur, vous stationnez et vous appelez la police. » Le ton de Julianne était sans appel aussi quand la police arriva sur place, le détourneur d’autobus n’avait pas oser bouger ne serait-ce que d’un seul pouce. 

Ce jour-là, Julianne ne passa pas d’entrevue d’emploi. L’entrevue télévisée avait suffi. Et tant de courage et de détermination avait conquis ses futurs employeurs. Ah oui! Julianne et le chauffeur d’autobus sexy ne se sont pas revus après l’incident. Mais qui sait ce qui peut arriver dans les corridors d’un palais de justice entre témoins d’un procès. 

Celli 🙂

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