Récit

La machine à liqueur

machine à liqueur

Source photo : Pinterest – Drinks I like

 

Devant l’atelier de mon père trônait LA machine à liqueur. Lieu de convoitise et de délectation.

De convoitise parce qu’il était parfois long d’attendre la fin de la journée pour ramasser les bouchons et espérer que les buveurs de liqueur douce n’aient pas pris la peine d’enlever le cercle de caoutchouc au fond du bouchon. Ce cercle aussi banal puisse-t-il paraître était précieux pour obtenir sur la carte cadeau du fournisseur la stéréo design sur pied. Sous chaque bouchon se trouvait le nom d’un chanteur ou d’une chanteuse et si on remplissait la carte tel un bingo, alors on gagnait la fameuse stéréo.

Je la voulais tellement que même si je trouvais sous le bouchon une liqueur gratuite, j’avais l’impression d’avoir perdu un tour. Enfin… Tout ça pour dire que je n’ai jamais eu le bouchon avec le nom de Patsy Gallant et que par le fait même, la stéréo. Ce fut une si grande déception que pendant quelque temps, j’en ai voulu un peu à madame Gallant…

Car rien n’égale le crème soda. La marque Fanta surtout. Celui qui à une époque posait des questions sous le bouchon. L’après-midi quand je gagnais le privilège de pouvoir aller me chercher un crème soda dans le frigidaire et de m’en délecter, il y avait comme de la magie dans l’air.

Le son du .25¢ – vous avez bien lu .25¢ – dans le collecteur de monnaie, l’odeur du frigidaire en ouvrant le couvercle, le son de la bouteille qui suit son chemin jusqu’à la clenche de sortie qui frappe le métal dès que la bouteille est délivrée pour finir avec le son des bulles en enlevant le bouchon à l’aide de l’ouvre-bouteille intégré. Et non, pas de bruit de bouchon au fond de la boîte à cet effet parce que j’ai mis ma main et je l’ai gardé pour lire la question pendant que je me délecte du soda, assise sur le trottoir devant le magasin. Magique!

Aujourd’hui, je bois au moins un crème soda par année et il ne vient pas d’une machine à liqueur. Leurs sons et leurs lumières n’ont plus rien de féérique et c’est bien triste.

Celli

Fêtes et événements, Récit

Bonne fête Celli!

La naissance est un événement heureux et c’est sûrement pour se rappeler ce jour spécial que tous les ans, on le célèbre sinon le souligne.

Qu’il soit paisible, joyeux, schizophrénique, surprenant, solitaire, il vient nous rappeler que notre existence sur terre a maintenant une année de plus à rapporter à l’histoire de sa vie.

Qu’on aime ou pas se faire rappeler qu’on vieillit, il n’en demeure pas moins que de savoir qu’on se souvient de vous ne serait-ce que quelques minutes par an, nous ancre dans le monde.

Ce petit velours que nous font les vœux qu’ils soient virtuels, sur papier ou en personne reste un souvenir fameux qui ne nous quitte pas même si parfois, il se retrouve archivé derrière un ensemble d’événements quotidiens.

Et que dire des rencontres que l’on organise pour célébrer le jubilaire ? J’adore concevoir des fêtes à l’image de la personne qui vient d’ajouter une bougie à son gâteau. Même la mienne, j’aime l’organiser pour être entourée de ceux que j’aime. Cela ne m’empêche pas de rêver d’une surprise-party où je n’aurais qu’à savourer l’honneur qui m’est fait.

10 ans

Comme le jour de mes dix ans où ma mère avait réuni tous mes amis et qu’on avait fêté pas mal tard pour un jour d’école. J’en ai gardé de précieux souvenirs. Et c’est probablement pour cela que je passe une bonne partie de mon temps à lire sur les fêtes et les anniversaires et que j’aime partager toutes ces connaissances avec le monde entier, tient!

À tous et à chacun, je souhaite que votre anniversaire ou prochain anniversaire soit le plus heureux et qu’il enrichisse vos souvenirs pour très longtemps.

Celli

Poésie, Récit

Mémoires

J’ai voulu un jour lancer une bouteille à la mer afin qu’un message faisant acte de mon existence soit retrouvé par un étranger lointain. Étranger qui s’empresserait de me répondre dans un grand élan épistolaire. Mais, se briserait-elle sur un rocher? Le message survivrait-il à l’atmosphère humide des océans? Voguerait-il pendant des années sans dessein? Ou reviendrait-il sur ses pas, penaud d’avoir échoué?

Devant tant d’incertitude, j’ai renoncé.

Puis, j’ai eu l’idée d’enterrer un coffret dans les fondations d’une maison. Inspirée, j’ai, sur une feuille de papier, raconté un peu de ma vie en espérant que la découverte de mon histoire remplirait d’excitation un futur archéologue fasciné par les « abitations ». Mais comme j’ai quitté ces fondations, comment apprendrais-je sa découverte? Sera-t-elle détruite par les rénovations d’un nouveau propriétaire entreprenant? Ou tout simplement inintéressante puisque dans un futur éventuel, je serai toujours une inconnue?

Devant tant d’incertitude, j’ai oublié.

C’est alors que la technologie m’a appelée pour laisser des traces de mes récits. Avec elle, il n’y avait pas de limites si ce n’est celle de la réciprocité parfois absente. Mais qu’à cela ne tienne, je laissais des traces. Mais qu’arriverait-il si l’hébergement était interrompu? Si par malheur, on prenait ma vie en otage ? Ou si une onde de choc effaçait tout?

Devant tant d’incertitude, j’ai réfléchi.

Pour finalement, comprendre qu’une vie laisse des traces sur les cœurs et sur les mémoires. Et qu’afin que des gens de coeur et de mémoire se rappellent de mes faits et de mes gestes, il me fallait fournir à la postérité une archive où on pourrait se rappeler.

Celli

Calendrier de l'Avent et plus, Récit

Les cartes de Noël

Les cartes de Noël écrites à la main et envoyées par la poste juste à temps pour Noël est une tradition qui tend à se perdre mais qui serait oh combien! Intéressante à faire revivre. L’art de la lettre, de la carte de vœux est un art qui me tient particulièrement à cœur.

S’asseoir et prendre le temps d’écrire des mots dans une carte ou sur un beau papier à lettres a quelque chose de poétique et de singulier. On écrit de nos nouvelles, des sentiments que l’on veut exprimer, une belle chose que l’on a faite ou des souhaits bien sentis pour une personne aimée.

J’envoie encore des cartes de Noël et d’anniversaire. Certaines traditionnelles et d’autres par voie de courriel. Entre les deux, je préfère les traditionnelles. Choisir ou créer la carte, lire ou écrire le message me donne un sentiment de pur bonheur. C’est un peu fleur bleue, ancien, mais j’adore, je n’y peux rien.

Quand j’étais petite, le premier samedi de décembre était consacré à l’envoi des cartes. Ma mère à la famille et aux amis, mon père, à ses clients. Mon frère et moi avions aussi nos cartes à envoyer à nos cousins et cousines, en plus d’aider mon père avec son mailing. Il fallait plier les cartes, ajouter le stylo cadeau, adresser les enveloppes, une soirée entière y passait.

Boîte aux lettres

C’est un peu cette tradition que je perpétue en ce début de décembre lorsque je m’installe à la table et que j’écris mes cartes de Noël. Elle s’est modifiée avec les années, mais elle est toujours aussi agréable à vivre. J’y pense, qui aimerait que je lui envoie une carte cette année?

Celli

Récit

Fondue chinoise

Dans ma famille, la fondue chinoise – qui n’a rien de chinois d’ailleurs – est l’occasion de se réunir autour de la table et de rire, fêter, se délecter toute la soirée durant.

Quelque part dans les années 1980, lorsque les fondues bourguignonne et chinoise ont fait leur arrivée sur nos menus, on y a vu l’occasion d’enfin tous s’asseoir autour de la table sans que nos mères aient à servir les assiettes et doivent manger rapidement avant de passer au prochain.

Je crois que c’est à partir de ce moment-là que nous, pauvres idiots heureux, avons pris conscience du travail accompli par nos mères lors des soupers des fêtes. J’avoue! Ce n’est que bien des années plus tard lorsque nous sommes tous sortis de l’adolescence que nous avons vraiment agis afin qu’elles puissent profiter des repas de fête en famille elles aussi.

Nous avons alors multiplié les thèmes, les chefs, les préposés aux services, les plats à faire, et cetera. Mais lorsque le temps nous manquait, lorsque nous voulions simplement nous voir sans flaflas, la fondue chinoise s’imposait d’elle-même. En quelques minutes, on organisait le tout pour ensuite — tous assis autour de la table – profiter des plaisirs du moment présent.

J’y pense… C’est pour quand la prochaine fondue?

Celli

 

 

 

 

Récit

La boucherie

Chaque année, ma famille faisait boucherie. Pas aux avents comme le veut la tradition, mais plutôt au congé scolaire de novembre. C’était pour nous les enfants, un avant-goût des fêtes de Noël.

À la ferme de mon oncle qui la tenait de grand-papa, on abattait veau, vache, cochon et poules avant de les dépecer pour nourrir la famille tout au long de l’année. Il faut dire que les congélateurs dans la famille étaient énormes!

Toute cette viande, il fallait la découper pour la consommer et nous passions ces jours de congé à découper, emballer et étiqueter tous ces beaux morceaux de viande. Ma mère et ma tante en profitaient aussi pour préparer certains mets pour les fêtes ou pour l’année comme les cretons, tête fromagée et la viande à tourtière. Sans oublier les coupes spéciales comme le rôti de bœuf du jour de l’an ou les spare ribs pour un souper de mets chinois. Il y avait aussi le boudin, mais celui-là, je préfère l’oublier.

Malgré le travail très technique, j’avais trouvé un moyen de laisser aller mes élans créatifs en décrivant de manière bien spéciale les pièces de viande qu’on venait d’emballer. Ainsi lorsque ma mère ou mes tantes fouillaient les mains gelées et le corps presque rentré en entier dans le congélateur, elles retrouvaient un paquet de bœuf haché, par exemple qui racontait une histoire ou se proclamait lui-même le roi des burgers ou un rôti de porc poétique!

Comme quoi, la littérature peut être partout 😉

Celli

https://cellirelcenecrivaine.wordpress.com/2016/06/12/menu-reconfortant-de-chez-maman/

Récit

Effluves de friture

Que ce soit bon ou pas pour la santé, arrive toujours le jour où le désir de bonnes frites bien huileuses, mais aussi croustillantes à souhait se fait sentir. Personnellement, après en avoir mangé de douze à vingt, mon désir subit pour des frites est déjà comblé. Il n’en demeure pas moins qu’il s’agit de friture et qu’il faut en manger avec parcimonie.

Je cuisine très peu à grande huile. Un, j’ai peur et deux, j’ai une sainte horreur de l’odeur de l’huile après la cuisson. Il me semble qu’elle reste imprégnée dans tout pendant des jours et des jours.

Je vous donne un exemple. Il y a sept ans, ma mère avait décidé de récupérer les restes de dinde après les fêtes pour faire des dips à la dinde. Pendant une demi-journée, nous avons cuisiné des dips afin de passer ces restes de l’immense dinde qui avait été achetée pour Noël et dont presque personne ne s’était régalé. Pour la petite histoire, ce fût le dernier Noël de mon père qui est décédé quelques jours après les fêtes. Plusieurs aliments avaient été congelés à cette époque et c’était au tour de la dinde d’être transformée pour éviter de la gaspiller.

Au souper, nous nous sommes régalés de dips généreusement tremper dans la sauce aux cerises. Jusque-là tout va bien. Sauf que… Il y avait ce soir-là une messe anniversaire pour mon père et lorsque nous nous sommes présentés à l’église, toute personne assise dans un rayon de 10 bancs de nous pouvait sentir l’odeur de « cabane à patates frites » qui émanaient de nous tous!! C’était presque gênant. Et que dire du moment où ma mère nous a tous remerciés de l’avoir accompagnée à l’église et de comment elle était contente que les gens aient pu sentir (oui! Oui! Elle a dit sentir!) que nous étions unis. Épique! 😊 Et je m’abstiendrai de vous raconter les lavages, nettoyages en tous genres qui ont été nécessaires pour se défaire de l’odeur surtout sur les manteaux d’hiver.

Depuis, je me suis débarrassé de ma friteuse et je râle si un voisin sort la sienne. Mais une fois par année, juste avant de ranger le BBQ, j’utilise le rond attenant pour faire des beignes et cette année, des dips au poulet de retour pour la première fois depuis sept ans.

Et ces heures de fritures ont comblé tant mon estomac que mes souvenirs. Mon frérot est venu souper et en famille, nous nous sommes tous régalés.

Celli

https://cellirelcenecrivaine.wordpress.com/2016/10/09/corvee-de-beignes-ou-beignets-cest-selon/