Fêtes et événements, Récit

Les décorations de Noël

La fin de semaine qui suivait le magasinage, ma mère sortait la boîte contenant les décorations de Noël. Chaque fois, c’était comme si mon frère et moi découvrions des merveilles, comme si nous n’avions jamais vu le contenu de cette boîte. Il y avait des boules pour le sapin, des guirlandes, les motifs pour faire des dessins en neige artificielle dans les fenêtres, les figurines reçues au fil des ans, et cetera. Il y avait aussi l’ange illuminé que je mettais dans ma chambre et qui me permettait de lire très tard sans qu’on me dérange 😊

Pendant longtemps, nous avons monté le sapin artificiel vert et bleu dans un coin de la cuisine. Puis quelque part au début des années1980, après les rénovations faites à la pièce, le sapin a perdu sa place. Pour compenser, on s’est concentré sur les guirlandes et les figurines. On décorait les fenêtres de neige artificielle et de lumières et on attachait la corde pour les cartes de Noël. À elle seule, elle pouvait décorer tout un mur. Il y avait aussi la crèche que l’on plaçait maintenant sur une étagère de la bibliothèque.

Sinounou Noël

Mais l’absence de sapin était largement compensée par la manière dont la table était montée. La vaisselle spéciale, les plats de services remplis de gourmandises délicieuses, la nappe aux couleurs festives, il était là notre sapin.

 Table de Noël vers 1980

À l’extérieur,  c’est mon père qui avait la responsabilité des décorations et il fallait que ça brille. Il en mettait au magasin, sur le garage et autour de la galerie de la maison. Une année, un ami propriétaire d’épicerie lui avait donné un authentique Père-Noël de la compagnie Coca-Cola grandeur nature que nous avons exposé et éclairer pendant plusieurs années.

 Ce sont de beaux souvenirs. Encore aujourd’hui, j’ai un petit élan de nostalgie lorsque je sors ma propre boîte de décorations. Et j’y trouve toujours quelque chose de réconfortant à mélanger passé et présent juste en reproduisant des gestes que je fais depuis si longtemps. Et pour commencer cette période d’Avent les festivités de fin d’année, rien ne peut être plus plaisant.

Celli

 

 

Roman graphique des Années '80

Le scrapbook d’Élodie Lec – 1987

Hiver 1987

René vient s’installer à Montréal et me propose de partager un appartement en amis. Il enseignera maintenant à l’UQAM. De le voir avec ses livres, ses copies à corriger, me donne le goût de me réinscrire et de terminer mon bac.

René m’encourage grandement à le faire. Il me voit déjà à la maîtrise. L’idée chemine et le 1er mars, ma demande d’admission à l’UQAM est partie. À l’automne, je reprends mes études.

D’ici là, je compte bien profiter de mes soirées pour lire et me remettre dans le bain. Je suis chanceuse puisque René est un parfait « pusher » de documentation!

Toujours pas d’homme dans ma vie. Mais pas besoin finalement.

Élodie

 

Été 1987

Le seul mot qui me vient pour décrire cet été, c’est inondation. Le déluge de Montréal. Quatre jours sans électricité, un frigo à vider directement dans les poubelles et une semaine de bouffe dans les fast-food.

Cette aventure m’a quand même permis de rencontrer en attendant le retour du métro une inconnue prise comme moi par cette crue des eaux. Elle a découvert la lettre d’un inconnu dans un livre usagé qu’elle vient d’acheter. Cathia — c’est son nom — et moi nous amusons à faire une suite à la lettre. Cet exercice est tellement amusant que ça me donne une idée de livre…  Je lui parle de cette idée que je viens d’avoir. Elle est heureuse de devenir un personnage de roman.

Avant de partir, elle me donne son adresse pour que nous puissions correspondre et que je puisse lui parler du roman et elle, de ses leçons de russe qui semblent lui causer problème au niveau de l’écriture. J’aime l’idée d’avoir des amies un peu partout. Un peu comme le correspondant de mon adolescence.

Sur mon Walk Man, j’écoute en boucle Élodie mon rêve de Shona. Heureusement que je peux le recharger les piles le jour au bureau.

Élodie

 

Automne 1987

Mes cours en lettres commencent. Je me sens à ma place. Il y avait longtemps que je ne m’étais pas sentie aussi bien. Maintenant que j’ai plus de temps, je recommence à faire du bénévolat dans un centre femmes.

À la relâche, je décide d’aller passer la semaine chez mes parents. De rester plus de deux jours me fera du bien. Je n’y suis pas allée souvent ces derniers mois. À ma décharge, je recommence seulement à me sentir moi-même. 1986 aura été une année très difficile.

Dans ma chambre de jeune fille, je retrouve mon coffret vert rempli de début de textes et  d’idées d’écriture. Je repense à Cathia et à ses lettres dans les livres. Je la rappelle pour qu’on se voie à mon retour.

Mes doigts démanchent d’écrire cette histoire dont on avait parlé un jour d’inondation. Je repars avec la dactylo électrique de mon père pour écrire mon premier roman.

Élodie

https://cellirelcenecrivaine.wordpress.com/2016/06/12/menu-reconfortant-de-chez-maman/

Roman graphique des Années '80

Le scrapbook d’Élodie Lec – 1985

Printemps 1985

Je termine mon DEC en lettres cette année. J’ai vraiment tripé pendant cette dernière session. Éthique et politique, philosophie du féminisme, atelier littéraire… Tout pour me permettre de réfléchir, de créer, de me positionner en tant que femmes. Je lis assidument La vie en rose et j’ai commencé à faire du bénévolat dans un centre femmes. Le 8 mars dernier a été ma première participation aux activités de la Journée internationale des femmes. Nous avons certes plus de droits, mais il reste encore beaucoup à faire.

Je ne m’étais jamais imaginé que les femmes aux Québec ne pouvaient voter que depuis 1940 ou que la femme mariée ne détient sa capacité juridique que depuis 1964 grâce au travail de la première députée Marie-Claire Kirkland.   C’est presque hier quand on y pense…

Avec ce DEC en lettres, puis-je me déclarer écrivaine ou faut-il que j’aie publié quelque chose? Encore faut-il que je termine  les  « débuts » de romans qui dorment au fond d’un tiroir.

En février, j’ai revu René par hasard lors d’un 5 à 7 dans un bar. La flamme n’y est plus, mais l’amitié, oui. Nous avons discuté des choix que j’avais faits pour l’université. Finalement, je me suis inscrite à un certificat en création littéraire.

Je me suis dit que ce serait une excellente occasion de terminer tous ces romans en chemin. Pendant l’été, je vais travailler dans une maison d’hébergement pour femmes battues.

Élodie

Été 1985

À côtoyer les malheurs des femmes que je rencontre à la maison d’hébergement, je me rends bien compte que j’ai eu une vie privilégiée.

Pour oublier ces malheurs qui me suivent parfois à la maison, je sors beaucoup et je dépense presque tout mon salaire en spectacles, bonnes bouffes, sorties entre amis, bons vins, petits voyages et bien sûr, des dizaines de livres.

C’est la vie paradoxale d’Élodie…

Automne 1985

J’adore mes cours. J’ai fait le bon choix. J’écris, j’écris tout le temps. Ce qui me sauve de la déprime et de l’inquiétude parce que j’ai tout flambé cet été. Mais à quoi ai-je bien pu penser? Je me nourris au Cheez Whiz et aux nouilles aux tomates.  

Heureusement en octobre René m’a offert un poste à temps partiel au Centre. Cela me permet enfin de souffler et de sortir un peu… de manière plus raisonnable.

À la maison d’hébergement où je fais toujours du bénévolat, une mère est là avec sa fille de 16 ans enceinte de son beau-père batteur de femmes. Je l’accompagne pour un avortement. Nous sommes en 1985 et si sa santé n’est pas en danger, cet avortement est illégal. Il y a quelque chose de difficile et de mesquin dans tout cela. Cette jeune fille ne mérite pas ce qui lui arrive et n’a pas besoin qu’on lui rappelle les abus qu’elle a subis. Pour ce faire, nous devons nous rendre à Montréal à la clinique du Dr Morgentaler et foncer sans regarder en arrière.

Elle a été très courageuse. Le lendemain, à son retour, sa mère en pleurs lui a promis que cela n’arriverait plus. Je ne sais ce qu’elles sont devenues après leur départ de la maison d’hébergement. J’espère qu’elles sont heureuses.

Élodie

Noël 1985

Je décide avec deux autres amies de passer les fêtes à Québec. J’irai voir mes parents après le Jour de l’an. On se fait un petit souper de Noël et on profite des soirées pour sortir et aller danser.

Mais surtout, pas question de manquer le 31 décembre. Je veux défoncer l’année entourée de fêtards imbibés aux bulles.

Élodie

https://cellirelcenecrivaine.wordpress.com/2016/04/03/994/