La Bouquinière

La Bouquinière (en reprise)

 En cette année de mon dixième anniversaire de blogueuse, j’ai envie de vous offrir une compilation des dix meilleurs articles de La Bouquinière, année 1. À l’époque, l’idée d’écrire un blogue se voulait à la fois une opportunité de revisiter les lectures coup de cœur qui ont sillonné ma vie et d’occuper mon esprit pendant cette période un peu triste de ma vie. J’ai donc, pendant 52 semaines, de mon premier livre d’images au roman qui a eu l’honneur de clore cette première année dans la blogosphère, raconté l’histoire de ces livres et de ces lectures. Alors, j’espère que vous aurez autant de plaisir à les lire ou relire que j’en ai eu à choisir cette compilation.

 

 

« Les Aristochats de Walt Disney, Éditions Hachette, 1971, Collection Album Super-Géant.

aristos

(www.musiqueonly.com)

 

C’était par un beau dimanche de mars 1971… Comme tous les dimanches, nous allions chez ma grand-mère passer la journée. Après le souper, nous retournions à la maison pour le reste de la soirée. C’était ainsi depuis des années. Alors, imaginez ma surprise lorsque ce soir-là, nous avons dépassé la maison et roulé vers le village voisin. Nous nous sommes arrêtés… au cinéma. Ils y présentaient deux films (eh oui! Il y avait toujours deux films à cette époque!) : Prince Noir et les Aristochats. Celui avec le cheval est passé en premier. C’était bien, mais c’était mon frère qui aimait les chevaux. Mais quand le deuxième film a commencé, là c’était pour moi. Des chats, une histoire de chats où ils n’étaient pas les méchants comme dans bien d’autres histoires. J’ai tellement aimé que je n’en ai pas dormi de la nuit et le lendemain, j’étais devenue verbomoteur. On ne me reconnaissait plus, moi qui habituellement étais sage et silencieuse.

 

Par la suite, j’ai recherché tout ce qui concernait les Aristochats. Les livres, les affiches, les toutous, les disques. J’ai revu le film des années plus tard lorsque Disney l’a ressorti en vidéocassette. Et c’était encore bon. J’ai adoré voir mon fils m’admirer parce que je savais les paroles des chansons. Ou bien, lui expliqué où se situait Tombouctou (ville où le vilain majordome voulait envoyer les Aristochats afin d’hériter de l’argent de Mme de Bonnefamille). Une ville qui me semblait des plus exotiques du haut de mes 6 ans. Plus tard, à l’université, j’ai rencontré un Malien qui m’a parlé de sa ville et de son pays. Je ne lui ai jamais dit d’où venait ma fascination, mais encore une fois, grâce à cette histoire, j’avais l’air très cultivée 😉

 

J’ai relu le livre et réécouté le film cette semaine. Et pour une fois, le film est meilleur que le livre. Il faut dire que bien souvent l’adaptation de scénario en livre est décevante. Et je ne parle pas de la traduction française, française. Heureusement, les images étaient là. Combien de fois ais-je décalqué certaines des images de ce livre pour les colorer. Je ne sais plus. J’ai même retrouvé un de ces décalques dans mon livre.

 

Cette relecture a égayé ma semaine et j’en avais bien besoin en plein « post-partum » du temps des fêtes. Je pense bien que l’an prochain pour éviter cette déprime, j’irai passer Noël à Tombouctou. »

 

Celli

La Bouquinière, Poésie

La Bouquinière

Le chemin montant

Poèmes

De Gilles Vigneault

(Éditions du Boréal, 2018)

De lire Gilles Vigneault en cette presque veille de Noël, c’est le plus beau des cadeaux que l’on puisse faire à son cœur. Ses mots réconfortent, nous touchent et laissent la place aux sentiments des humains et de la nature.

Il nous entretient du temps, du journal intime, des récits des arbres, de sa jeunesse sur un ton parfois sérieux, parfois léger. Il est sage Gilles Vigneault, il prend le temps de penser la vie, de la voir dans ses silences et dans ses soubresauts.

Mon poème préféré est J’écris à la main où il parle de l’incertitude et de l’hésitation devant le choix du mot « Un mot à la fois Avec les incertitudes Et les hésitations » et plus loin « Ah! Si seulement Je pouvais laisser l’inconscient Décider ». Pour terminer sur l’impression de lire quelqu’un d’autre lorsque l’on recopie tous nos mots à la dactylo. C’est beau! Touchant! Inspirant!

Je n’ai qu’un regret, l’avoir emprunté à la bibliothèque plutôt que de l’acheter. Mais c’est Noël bientôt et qui sait, peut-être sera-t-il sous le sapin?

Celli

La Bouquinière, Les envolées de Celli

Thelma, Louise, Martine et moi

Thelma, Louise et moi

de Martine Delvaux

(Héliotrope, 2018)

J’avais tellement hâte de le lire et je n’ai pas été déçue. Martine Delvaux nous propose dans sa dernière œuvre un road rip livresque qui met en parallèle le scénario de Thelma et Louise, l’histoire du film, les événements de l’époque et sa propre vie. Dans une écriture intimiste et prenante, on se promène sur les routes empruntées par ces femmes dans un va-et-vient entre la vie de l’auteure et les scènes du film, entre le présent et le passé. La forme du récit, un habile découpage de tous ces thèmes, est des plus emballantes pour le lecteur. Jamais on ne s’y perd et toujours on s’y souvient que la route de l’émancipation des femmes n’a pas été et n’est toujours pas une route droite sans embûches.

Comme l’auteure, j’ai vu Thelma et Louise en 1991. À l’automne. Cet automne où je venais de recommencer à travailler après un congé de maternité. Cet automne où une fois par semaine, j’allais seule voir un film pour me sortir un peu du métro-boulot-dodo. Cet automne où un certain T. a décidé que je lui nuisais au travail et qu’il m’a harcelée, insultée et menacée. Cet automne où on m’a dit d’être patiente jusqu’à ce que j’éclate.

C’était environ un mois avant que le pire n’arrive.

J’ai vu Thelma et Louise le 26 septembre 1991 au cinéma Le Clap. J’avais pris l’habitude, une fois par semaine, d’aller voir un film pour me sortir de la routine bus-boulot-dodo. Je me souviens d’avoir tenu mon siège pendant le viol de Thelma et tellement souhaité qu’elles atteignent le Mexique. Je me rappelle d’être sortie bouleversée de la salle et de ne pas avoir été capable de traduire cette émotion dans le cahier où je notais mon appréciation des films. J’ai juste écrit que « … les deux actrices étaient convaincantes dans leur rôle. Différentes au début, elles finissent par se ressembler à la fin. » Et je termine et disant que l’image est sobre !? Rien sur ce qu’elles ont vécu, rien sur ce que j’ai ressenti.

Puis T. a commencé son jeu d’insulte de manière insidieuse d’abord et plus flagrante ensuite jusqu’aux menaces. Chaque jour, je devenais de plus en plus l’ombre de moi-même. Ses propos faisaient leur chemin dans ma psyché et je me mettais presque à y croire. Je me souviens qu’après avoir dénoncé la situation au comité des ressources humaines avoir dit que j’avais peur que tout ceci recommence. Ils m’ont répondu que c’était isolé, que tous les employeurs n’étaient pas de même.

Eh bien ! Ce n’est pas vrai. Au cours de ma carrière, ça m’est arrivé une autre fois. Le même type d’insulte… par une femme cette fois. Et j’ai encore dû me reconstruire.

Il est impossible de savoir avant comment on réagira devant la violence, qu’elle soit physique, sexuelle ou morale. Car, à un moment ou un autre, elle finit par nous rendre vulnérables et nous faire perdre nos moyens de défense et notre confiance en soi. On se sent alors figé comme un cerf devant les phares d’une voiture. Impossible de sauter pour éviter le pire. Alors la souffrance nous percute. On a beau nous dire avec les meilleures intentions du monde de nous défendre, d’être fortes, d’imposer ses limites, de l’ignorer, aucun de ces conseils ne peut servir si nous sommes paralysés par la peur. Aucun…

J’ai survécu certes, mais je suis fragile. Je suis plus forte, mais il existe encore des gens qui traitent des collègues, des subordonnés de la sorte. Et quand j’y pense trop, la peur revient. Je le sais parce que parfois, les larmes montent lorsqu’on me critique même si c’est fait de manière constructive et respectueuse. La seule différence est que j’ai appris à vivre avec comme si j’étais diabétique et que je devais faire attention au sucre.

Que viennent faire Thelma, Louise et Martine dans tout cela. Elles m’ont rappelé la peur, la violence, le désir de posséder sa vie et que les gains obtenus par les femmes sont bien fragiles. Cela demande une vigilance de tous les instants. Pour que des Thelma ne se fasse plus violer juste pour avoir dansé, que des Martine ne se fasse plus insulter par des loups solitaires anonymes sur le web, pour que des Louise n’aient plus peur de revivre un traumatisme peut importe ce qu’il est ou que moi, je puisse croire qu’il existe des milieux où on peut s’épanouir sans avoir peur de gêner quelqu’un au point qu’il désire nous faire disparaître.

Celli

La Bouquinière

La Bouquinière – Pile à lire estivale (suite)

Les pensées inspirées

À force de rêver aux délices de la vie à Orvieto

J’ai dû laisser les Daisy sisters pour parler vrai*

Permettant ainsi à la lenteur d’imbriquer les mots et les idées

Pour inspirer une policière tenace qui cherchait là où il n’y avait rien à chercher

Dans une épuisante, mais surprenante quête

Qui cependant nous retardera, laissant la lecture du récit à propos de Malek inachevée

Pendant ce temps au quai d’En-Haut, des Verdoyants aux surnoms colorés

Ont écouté un acteur au verbe irrévérencieux, déclamer les écrits de Barthes

Sublimés, ils se sont rendus dans « el hambre de mi corazón »

Pour y découvrir un écrivain public en train de rédiger une lettre pour un vieil homme

Même si pour lui les mots se composent en images

Pour lesquelles « il faut savoir se salir les mains »

Celli

 

Note : *Parler vrai de Manon Massé (Éditions Écosociété, 2018)

En italique, le titre de ma nouvelle coup de cœur dans chacun des recueils.

 

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Rappel de l’article du 15 juin dernier où je vous présentais ma Pile à lire et vous promettais les pensées que ces lectures m’avaient inspirées pour la fin de l’été.

 Les livres

Dans un palais à Orvieto

J’ai rencontré les Daisy sisters

Qui pratiquaient l’art presque perdu de ne rien faire

En attendant de régler des affaires privées

Les attendant à Whitehorse

Grâce à elles, Malek et moi

Avons pu, au chant des marées

Arriver à temps pour la comédie française

Intitulée Treize à table

Où un chat sauvage

Aura le dernier mot

Pour résoudre les crimes au musée

 

Les références

Un palais à Orvieto de Marlena Blasi (Folio, 2014)

Daisy sisters de Henning Mankell (Points, 2016)

L’art presque perdu de ne rien faire de Dany Laferrière (Boréal, 2011)

Affaires privées de Marie Laberge (Québec Amérique, 2017)

Whitehorse de Samuel Cantin (première et deuxième partie, Pow Pow, 2015 et 2017)

Malek et moi d’Alain Beaulieu (Druide, 2018)

Au chant des marées : De Québec à l’Île Verte (Tome 1 et 2, Guy Saint-Jean Éditeur, 2017)

Comédie française : Ça débuté comme ça… de Fabrice Luchini (Flammarion Québec, 2016)

Treize à table, Recueil de nouvelles, Collectif (Druide, 2018)

Chat sauvage de Jacques Poulin (Nomades, 2016)

Le dernier mot de Caroline Roy-Élément et Mathilde Cinq-Mars (Mécanique générale, 2017)

Crimes au musée sous la direction de Richard Migneault, Recueil de nouvelles (Druide, 2017)

 

 

 

 

 

 

 

 

La Bouquinière

La Bouquinière

Autopsie d’une femme plate

De Marie-Renée Lavoie

(XYZ, 2017)

 

Le titre ne promet pas et pourtant, ce roman de Marie-Renée Lavoie est à la fois drôle et troublant. Elle y évoque avec aplomb la dure réalité d’une femme qui se fait larguée par son conjoint pour une autre femme. Au fil des pages, cette femme essaie de faire le deuil de cette vie de couple pour celle qu’elle avait perdue : elle-même.

J’ai ri, j’ai ragé, j’ai presque pleuré. Alors que je peine parfois à garder les yeux ouverts pour lire le plus longtemps possible, cette femme plate m’a gardée éveillée. Un moment de lecture qui fait réfléchir sur le couple, mais aussi sur l’espoir de vivre lorsque tout semble perdu.

Comme quoi, être plate, a parfois des côtés palpitants qu’il ne faut pas ignorer.

Celli

 

P.S. Comme je le fais si souvent quand je découvre un nouvel auteur, je vais sûrement me précipiter sur ses romans précédents pour m’imprégner encore plus de cette plume que j’ai appréciée. Est-ce aussi une de vos habitudes?

 

Pour en savoir plus et connaître les autres œuvres de Marie-Renée Lavoie :

http://www.editionsxyz.com/catalogue/717.html Autopsie d’une femme plate

http://www.editionsxyz.com/catalogue/624.html Le syndrome de la vis

http://www.editionsxyz.com/catalogue/555.html La petite et le vieux

 

Images et sons

Mercredi nostalgique

En l’honneur de la fête des mères qui aura lieu dimanche prochain, voici en reprise un extrait de mon blogue La Bouquinière du 29 octobre 2011.

 

Cathy

Cathy et moi

Confessions to my mother de Cathy Guisewite (Andrew McMeele Publishing, 1999)

 

Cathy Guisewite a écrit son dernier stripe des aventures de Cathy le 3 octobre 2010. Un deuil littéraire, littéralement, car les histoires de cette fille des années 1980 m’accompagnaient depuis plusieurs années.

Cathy c’était un peu moi. Comme elle, je cherchais le grand amour avec ses hauts et ses bas, je magasinais sans me poser de questions, je sortais avec des amies et je vivais avec mes parents une relation mi-amour, mi-haine. J’ai aussi à cette époque, trouvé mon premier travail et mon premier appartement. Bref, des bandes dessinées qui me ressemblaient. Des recueils de Cathy Guisewite que j’ai à la maison, j’ai extrait ce petit livre qui caractérise bien sa relation avec sa mère. Je le relisais cette semaine et je me revoyais, je me vois avec ma mère. Quoi de mieux que quelques extraits typiques – en traduction libre – de Cathy pour bien comprendre?

 

“Every dream I’ve had for myself was to help you finish a dream

I thought you had for yourself.”

(Chaque rêve que j’ai eu pour moi en était un que je croyais que tu voulais que je termine pour toi.)

“Every piece of advice that I’ve rejected I’ve now given to someone else.”

(Chaque conseil que tu m’as donné et que j’ai rejeté, je les donne maintenant aux autres.)

“It’s easier for me to pay the woman behind the cosmetics counter $250 than to admit that your 29-cent moisturizer works.”

(Il est plus facile pour moi de payer 250.00 $ à la vendeuse du comptoir de cosmétique

que d’admettre que ta crème à 29 cents fonctionne.)

“Until very recently, it never even occurred to me

that you could be insecure about something.”

(Jusqu’à tout récemment, il ne m’était jamais passé par l’esprit

que tu pouvais être inquiète de quelque chose.)

 

Sur ce, je vous laisse, j’ai justement rendez-vous avec ma mère 🙂

Celli

La Bouquinière

La Bouquinière

Mémoire de fille

Annie Ernaux

(Gallimard, 2016)

  

Je n’ai malheureusement pas lu toute l’œuvre d’Annie Ernaux, mais l’envie d’en faire une lecture suivie dans les prochaines semaines me chiffonne au plus haut point.

Après avoir lu il y a quelques années, L’autre fille sur cette sœur morte avant sa naissance et qui m’avait touchée profondément tant il y avait une certaine similitude entre nos vies, Mémoire de fille m’a tout autant interpellée. Cette fois en me faisant revisiter mes premiers émois amoureux, mes premiers pas dans la vie adulte. De l’atmosphère du camp de vacances aux amitiés en passant par l’importante première expérience sexuelle, tout nous amène dans les profondeurs de ces années fondatrices. L’écriture d’Ernaux est intime et forte à l’image d’un diariste. Elle se raconte à nous pour se comprendre, pour réfléchir et finalement faire réfléchir.

Ce livre est pour elle les origines de l’écriture et pour moi, les origines perdues et retrouvées de la mienne.

 

Celli