La Bouquinière, Les envolées de Celli

Thelma, Louise, Martine et moi

Thelma, Louise et moi

de Martine Delvaux

(Héliotrope, 2018)

J’avais tellement hâte de le lire et je n’ai pas été déçue. Martine Delvaux nous propose dans sa dernière œuvre un road rip livresque qui met en parallèle le scénario de Thelma et Louise, l’histoire du film, les événements de l’époque et sa propre vie. Dans une écriture intimiste et prenante, on se promène sur les routes empruntées par ces femmes dans un va-et-vient entre la vie de l’auteure et les scènes du film, entre le présent et le passé. La forme du récit, un habile découpage de tous ces thèmes, est des plus emballantes pour le lecteur. Jamais on ne s’y perd et toujours on s’y souvient que la route de l’émancipation des femmes n’a pas été et n’est toujours pas une route droite sans embûches.

Comme l’auteure, j’ai vu Thelma et Louise en 1991. À l’automne. Cet automne où je venais de recommencer à travailler après un congé de maternité. Cet automne où une fois par semaine, j’allais seule voir un film pour me sortir un peu du métro-boulot-dodo. Cet automne où un certain T. a décidé que je lui nuisais au travail et qu’il m’a harcelée, insultée et menacée. Cet automne où on m’a dit d’être patiente jusqu’à ce que j’éclate.

C’était environ un mois avant que le pire n’arrive.

J’ai vu Thelma et Louise le 26 septembre 1991 au cinéma Le Clap. J’avais pris l’habitude, une fois par semaine, d’aller voir un film pour me sortir de la routine bus-boulot-dodo. Je me souviens d’avoir tenu mon siège pendant le viol de Thelma et tellement souhaité qu’elles atteignent le Mexique. Je me rappelle d’être sortie bouleversée de la salle et de ne pas avoir été capable de traduire cette émotion dans le cahier où je notais mon appréciation des films. J’ai juste écrit que « … les deux actrices étaient convaincantes dans leur rôle. Différentes au début, elles finissent par se ressembler à la fin. » Et je termine et disant que l’image est sobre !? Rien sur ce qu’elles ont vécu, rien sur ce que j’ai ressenti.

Puis T. a commencé son jeu d’insulte de manière insidieuse d’abord et plus flagrante ensuite jusqu’aux menaces. Chaque jour, je devenais de plus en plus l’ombre de moi-même. Ses propos faisaient leur chemin dans ma psyché et je me mettais presque à y croire. Je me souviens qu’après avoir dénoncé la situation au comité des ressources humaines avoir dit que j’avais peur que tout ceci recommence. Ils m’ont répondu que c’était isolé, que tous les employeurs n’étaient pas de même.

Eh bien ! Ce n’est pas vrai. Au cours de ma carrière, ça m’est arrivé une autre fois. Le même type d’insulte… par une femme cette fois. Et j’ai encore dû me reconstruire.

Il est impossible de savoir avant comment on réagira devant la violence, qu’elle soit physique, sexuelle ou morale. Car, à un moment ou un autre, elle finit par nous rendre vulnérables et nous faire perdre nos moyens de défense et notre confiance en soi. On se sent alors figé comme un cerf devant les phares d’une voiture. Impossible de sauter pour éviter le pire. Alors la souffrance nous percute. On a beau nous dire avec les meilleures intentions du monde de nous défendre, d’être fortes, d’imposer ses limites, de l’ignorer, aucun de ces conseils ne peut servir si nous sommes paralysés par la peur. Aucun…

J’ai survécu certes, mais je suis fragile. Je suis plus forte, mais il existe encore des gens qui traitent des collègues, des subordonnés de la sorte. Et quand j’y pense trop, la peur revient. Je le sais parce que parfois, les larmes montent lorsqu’on me critique même si c’est fait de manière constructive et respectueuse. La seule différence est que j’ai appris à vivre avec comme si j’étais diabétique et que je devais faire attention au sucre.

Que viennent faire Thelma, Louise et Martine dans tout cela. Elles m’ont rappelé la peur, la violence, le désir de posséder sa vie et que les gains obtenus par les femmes sont bien fragiles. Cela demande une vigilance de tous les instants. Pour que des Thelma ne se fasse plus violer juste pour avoir dansé, que des Martine ne se fasse plus insulter par des loups solitaires anonymes sur le web, pour que des Louise n’aient plus peur de revivre un traumatisme peut importe ce qu’il est ou que moi, je puisse croire qu’il existe des milieux où on peut s’épanouir sans avoir peur de gêner quelqu’un au point qu’il désire nous faire disparaître.

Celli

La Bouquinière

C’est quand le bonheur?

C’est quand le bonheur?

Martine Delvaux

(Héliotrope, 2007)

 

On devrait écrire plus souvent des histoires d’amitié. Celle que Martine Delvaux raconte dans son livre C’est quand le bonheur?

De page en page, elle nous offre des fragments de souvenirs de sa relation avec son meilleur ami. Des propos à la fine fleur des émotions parfois bonnes, parfois désagréables.  Une histoire d’amitié fidèle qu’on a tous connue ou qu’on aimerait connaître.  Le récit est rythmé par de courts chapitres décrivant ces moments de leurs existences ensemble.

J’ai eu le plaisir de rencontrer Martine Delvaux lors d’une soirée littéraire pour la sortie de son livre Le monde est à toi, une femme de conviction éminemment sympathique.

C’est quand le bonheur? est une lecture rafraichissante, sans détour où il fait plaisir de se perdre et d’espérer. Je vous la conseille fortement.

Celli

 

Quatrième de couverture :

« Une amitié s’est nouée il y a presque vingt ans entre un homme et une femme. C’est cette dernière qui raconte les années, fait l’inventaire des petites phrases prononcées et des grandes, laissant ainsi entrer le lecteur dans un univers clos, jusque-là jalousement fermé aux autres.

Les années passent, leur amitié traverse le temps, les études, les ruptures amoureuses, le travail, leur enfance qui remonte par à-coups, et une question résonne au milieu de cette complicité extrême : c’est quand le bonheur ?

Un roman pudique, drôle parfois, rythmé, où l’amitié permet d’élever une barricade contre la dureté de l’existence. »

http://www.editionsheliotrope.com/librairie/30/c_est_quand_le_bonheur