La Bouquinière, Poésie

La Bouquinière

Le chemin montant

Poèmes

De Gilles Vigneault

(Éditions du Boréal, 2018)

De lire Gilles Vigneault en cette presque veille de Noël, c’est le plus beau des cadeaux que l’on puisse faire à son cœur. Ses mots réconfortent, nous touchent et laissent la place aux sentiments des humains et de la nature.

Il nous entretient du temps, du journal intime, des récits des arbres, de sa jeunesse sur un ton parfois sérieux, parfois léger. Il est sage Gilles Vigneault, il prend le temps de penser la vie, de la voir dans ses silences et dans ses soubresauts.

Mon poème préféré est J’écris à la main où il parle de l’incertitude et de l’hésitation devant le choix du mot « Un mot à la fois Avec les incertitudes Et les hésitations » et plus loin « Ah! Si seulement Je pouvais laisser l’inconscient Décider ». Pour terminer sur l’impression de lire quelqu’un d’autre lorsque l’on recopie tous nos mots à la dactylo. C’est beau! Touchant! Inspirant!

Je n’ai qu’un regret, l’avoir emprunté à la bibliothèque plutôt que de l’acheter. Mais c’est Noël bientôt et qui sait, peut-être sera-t-il sous le sapin?

Celli

Les envolées de Celli, Les Mots, Poésie

The Earl and me

Automne

Moi

J’ai rencontré the Earl Grey par un beau soir d’automne

Il était là, trônant fièrement sur sa terrasse

Regardant les gens se promener, courir ou lire au milieu de son parc.

Celui qui avait connu des batailles,

Mais qui aujourd’hui offrait un havre de paix aux habitants de Québec.

Celui qu’il avait jadis contribué à sauver

Et qu’on appelle chaleureusement Les Plaines.

« Les terres d’un dénommé Abraham Martin me dit-il

Un pilote et pêcheur. »

Et aussitôt mon regard se porte vers le fleuve

Qu’on voit couler calmement derrière lui

Alors que la nuit tombe doucement

Et que l’horizon s’illumine peu à peu sur l’autre rive.

« C’est beau » lui dis-je

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Hiver

C

Presque chaque jour,

Je rends visite à celui que j’appelle amicalement Earl

Je vais le saluer et prendre des nouvelles

Du fleuve, de son parc, ses gens

Devant lui, des enfants et leurs parents patinent

D’autres avancent sur leurs skis

Et beaucoup s’arrêtent pour admirer la vue

Maintenant sans obstruction puisque les arbres sont dénudés.

« J’ai un peu froid cet hiver. »

Pourtant le ciel est bleu et le soleil brille.

« Je vieillis, je crois. »

« Non, c’est la tempête d’hier

qui vous a glacé autant. »

D

Printemps

E

La pluie printanière ne rend pas Earl maussade

Au contraire, il regarde devant lui

Et voit la nature qui s’éveille,

L’herbe qui réapparaît,

Les jardiniers qui s’activent dans le parc.

« Tout revit. J’entends le fleuve qui coule derrière moi,

les oiseaux qui chantent dans les arbres.

J’aime le printemps parce que le silence hivernal se brise enfin. »

Le lendemain, comme pour le récompenser,

Le soleil brille de tous ses rayons.

« Belle journée pour lire. » me dit-il, remarquant mon livre.

Je souris au vieil homme,

Avant de m’asseoir près de lui pour lui faire la lecture.

F

Été

G

Du fond des plaines,

Earl apparaît en contre-jour

Derrière lui, le fleuve trace un sillon bleu-gris

Alors que la rive-sud se découpe sobrement sur l’horizon

Pour le distancier du ciel d’un bleu éclatant

Je lui raconte ce que je vois

Et cela le rend heureux

Il dit : « Quatre saisons sont passées.

La vie aussi passe et nous nourrit

De couleurs, d’expérience et de beauté. »

La nuit tombe

Et avec elle, s’éveillent tous les rêves.

« Aurevoir Earl! »

Je m’en vais rêver…

H

Poésie

Ça va être ma fête!

Je réfléchis
À la vie

À ma vie
Je m’interroge

Et ma tête s’engorge

Aussi fort qu’un feu de forge
Je souffre

Mon cœur au fond du gouffre

Odeur de souffre
J’explose

Tel un élan de ménopause

Parfois en psychose
Je me perds

Dans un dédale pervers

Sans somnifère
Je bannis

Tous les on-dit

Sans soucis
Je me sens bête

D’avoir laissé ma tête

Prendre la tête
Je réarrange

Tous les désirs de change

Que j’engrange
Je profite

De cette faillite

Pour repousser les limites
Et enfin, je me lance

En jouissance

Dans la décadence
Celli